Grand Prix d'Australie Adélaïde
12 novembre 1995
Hill pour l'honneur
 


 


 


 


 


 


 


 


 


 
a joie de Damon Hill d'avoir remporté le dernier Grand Prix d'Australie est teintée d'amertume. Il sait que c'est en multipliant ce genre de performance au cours de la saison qu'il vient d'achever qu'il aurait singulièrement compliqué la tâche de Michael Schumacher. Mais l'Allemand est depuis longtemps sacré champion, et l'heure n'est plus aux regrets. Hill doit se contenter de cette belle victoire, la treizième de sa carrière (agrémentée du meilleur tour en course et de la pole position). L'Anglais jure que boucler quatre-vingt-un tours sur ce circuit truffé de pièges n'a pas été une simple affaire, même débarrassé de ses principaux opposants. Au soir d'une saison âpre et disputée, Hill est simplement heureux et se prépare à boire quelques bières avec ses mécaniciens, avant d'accompagner à la guitare le groupe " Bon Jovi " lors du traditionnel concert donné sur l'immense pelouse derrière les stands d'Adélaïde.
Le pilote Anglais de l'écurie Williams a enfin retrouvé le sourire et une joie de vivre qui fait plaisir à voir. Ce succès le console un peu d'une saison qu'il est obligé de considérer comme loupée. Il disposait pourtant, comme son équipier Coulthard, de la meilleure monoplace du plateau et s'est laissé déborder par la Benetton-Renault de Schumacher. L'imparable stratégie mise au point par l'équipe Benetton a fait le reste. Mais à l'heure d'expliquer le sprint qu'il vient de disputer, Hill le gentleman ne nourrit aucune rancœur et n'a pas dans l'idée de régler quelques comptes avec son équipe qui ne l'a pas toujours soutenu comme il convenait de le faire dans les moments difficiles. À sa descente du podium australien, le vice-champion du monde est tout simplement satisfait d'avoir échappé à l'hécatombe qui a marqué ce dernier rendez-vous de la F1 avec Adélaïde.
Comme toujours depuis 1985, date de la première édition, ce circuit urbain a été sans pitié pour les hommes et les mécaniques. C'est aussi parce que cette course écrit toujours une scénario à rebondissements que plus de 250 000 spectateurs ont répondu à l'appel des organisateurs. Il n'y a que la domination annoncée des Williams-Renault pour ôter un peu de suspense au " Grand Final ". Mais Schumacher, Berger et Alesi en embuscade laissent espérer un début de course haletant.
Quand le dernier feu vert de la saison s'allume, Hill marque une hésitation. Ce contretemps lui impose de laisser filer David Coulthard. Mais c'est une escarmouche sans conséquence pour les pilotes Williams qui prennent le large, comme prévu. Leur explication est pour plus tard. En attendant, Schumacher a fort à faire avec les pilotes Ferrari. Il se débarrasse facilement de Jean Alesi lors d'un freinage qui a failli se terminer en accrochage. Le " vieux " Berger, qui a participé à toutes les éditions du Grand Prix d'Adélaïde et l'a emporté deux fois (1987 et 1992), se montre plus coriace. Le champion du monde perd beaucoup de temps dans les échappements de la Ferrari. Quand il parvient à s'imposer à Berger, Hill est déjà loin. Michael Schumacher, au prix de quelques acrobaties, semble en mesure de combler son retard, qui est supérieur à dix secondes.
L'objectif de l'Allemand est de dominer une dixième fois cette saison et de quitter ainsi l'écurie Benetton sur un record difficile à battre. Sa situation est encore plus confortable quand David Coulthard, qui attaque comme un damné depuis vingt tours pour maintenir un petit écart avec Hill, part à la faute... dans l'allée des stands au moment de ravitailler. C'est une énorme bévue, et un sacré coup de théâtre, qui laisse Hill et Schumacher une fois de plus face à face. Trois tours plus tard, le duel est déjà fini. En repartant de son premier ravitaillement - qui s'est déroulé à la perfection -, Schumacher bute à nouveau sur Alesi, toujours aussi pugnace. Mais, cette fois, l'explication se termine mal, et l'Allemands qui avait souligné la correction d'Alesi après leur bras de fer épique du Grand Prix d'Europe, change d'avis après s'être accroché avec le Français : " Quand Alesi baisse sa visière, quelque chose ne marche plus dans son cerveau. " Le jugement est sévère, mais traduit sa déception. Schumacher achève donc son heureuse collaboration sur un triste abandon. C'est la même histoire pour Alesi.
Encore une douzaine de tours et la course est définitivement décapitée après l'abandon de Gerhard Berger. Hill n'a plus d'adversaire à sa mesure et interroge son stand pour connaître la situation. Il apprend ainsi les abandons successifs de Frentzen, alors que celui-ci était deuxième, puis d'Irvine, d'Herbert et de quelques autres encore. L'angoisse au ventre malgré sa grosse minute d'avance, une oreille à l'écoute de la mécanique, un oeil sur son tableau de bord, Damon Hill vit un calvaire jusqu'à l'arrivée d'une course qui n'en finit pas et en devient ennuyeuse. Mais rien de fâcheux ne vient troubler sa marche vers les sommets du podium. Surpris, l'anglais y accueille deux solides outsiders, le Français Olivier Panis et le petit Italien Gianni Morbidelli. Dernier tiercé à grosse cote d'un final qui n'a pas tenu toutes ses promesses.

LIONEL FROISSART