uatorze ans
après, la Formule 1 revient dans le pays du plus prodigieux de ses pilotes,
le quintuple champion du monde Juan Manuel Fangio. Sur l'autodrome Oscar
Alfredo Galvez de Buenos Aires, la pluie abondante se mêle aux combats
pour les deux séances de qualifications. Dans ces conditions, c'est
à un véritable festival de sorties de piste et de tête-à-queues auquel
on assiste, notamment le vendredi, avec pas moins de douze voitures
victimes de dérobades incontrôlées ! Sur le fil, à quelques minutes
de la fin de séance, David Coulthard s'élance sur une piste plus clémente, et signe le meilleur chrono, devant
son équipier Hill, qui confirme la forme de la FW17, et l'Allemand Schumacher qui précède Eddie Irvine,
surprenant au volant de sa Jordan
Peugeot... Pour son dixième Grand Prix seulement, l'Ecossais Coulthard
vient de signer une pole position qui le fait sortir de l'ombre, et
prouve que l'équipe Williams ne donne aucune consigne particulière à
ses pilotes, traités sur un pied d'égalité.
Le départ offre un rush parfait de Coulthard qui conserve la pole, tandis
que Jean Alesi,
freinant sur une portion encore humide de la piste, provoque un carambolage
par son tête-à-queue. Sept voitures sont hors course, et le drapeau
rouge est aussitôt agité par les officiels. Ce qui permet au pilote
français, imité par Panis,
de prendre part au second départ au volant de son mulet. Au deuxième
feu vert, bis repetita : l'Ecossais de Williams se propulse en tête
au premier virage, tout comme Schumacher qui prend l'avantage sur Hill.
Une fois encore, le premier virage est le théâtre d'un accrochage, qui
voit cette fois Hakkinen et Irvine s'accrocher lors du premier freinage : le Finlandais est hors
course,- tandis que l'irlandais repartira pour quelques tours seulement,
trahi par une fuite d'huile...
La Benetton en rodage...
En tête de la course, Coulthard s'échappe, profitant du blocage "involontaire"
de Hill derrière le champion du monde en titre. Mais la domination
de l'Ecossais est de bien courte durée, et tout ses espoirs de victoire
s'envolent dans le sixième tour, lorsqu'il est victime d'une coupure
de son moteur, qui le contraindra à l'abandon quelques tours plus
tard. Désormais, Hill se fait de plus en pressant derrière Schumacher.
A l'entame du onzième tour, l'Anglais fait superbement l'intérieur
dans le freinage du bout de la ligne droite. Dans le peloton des poursuivants,
le surprenant Mika Salo sur sa Tyrell, un temps 4ème, finit par céder
aux attaques de Jean Alesi, qui ne tardera pas à occuper la tête de
la course, dès lors que Hill et Schumacher auront procédé au premier
de leurs trois ravitaillements. Lorsque son tour est venu de s'arrêter,
l'Anglais reprend définitivement son bien, tandis que Schumacher,
dominé, reste sagement en troisième position, avant de signer le meilleur
tour en course grâce à un train de pneus idéal. Lorsque Damon s'arrache
des stands à l'issue de son troisième et dernier arrêt, Alesi n'est
plus qu'à 4 petites secondes ! D'aucuns se mettent alors à rêver d'un
retour au tout premier plan du V 12 italien, qui ne manquerait pas
de donner du piment au duel Williams-Renault/Benetton-Renault
! Mais malgré la fougue du pilote avignonnais, les positions resteront
figées jusqu'au drapeau à damiers. Après la gifle brésilienne, la
constance des voitures rouges de la Scuderia
surprend. Berger,
victime d'une crevaison et d'une course plus laborieuse, réussit à
prendre le point de la sixième place... Herbert,
le quatrième, est à un tour, suivi par un Frentzen
qui démontre le potentiel de sa Sauber-Ford. Sur le podium, Damon
Hill a le sourire des jours de gloire : il vient de signer sa dixième
victoire en Grands Prix. Pas encore totalement affûtée, la Benetton
de Schumacher a marqué le pas. "J'ai passé quatre trains de pneus,
ils étaient tous différents, maintenant il nous faut analyser et tenter
de comprendre pourquoi. " L'Allemand est mécontent...