Grand Prix du Japon Suzuka
29 octobre 1995
Schumacher offre le titre constructeurs à Benetton
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
ne seule question se posait avant le départ du Grand Prix du Japon : qui peut enrayer la marche triomphale de Michael Schumacher cette saison? Réponse deux heures plus tard : Personne! Parti de la pole position, l'Allemand s'est imposé dès le feu vert de l'avant-dernier Grand Prix de la saison, a fait presque toute la course en tête, s'est finalement attribué le meilleur tour et l'a emporté. Son succès confirme la domination totale de l'écurie Benetton-Renault, qui empoche le titre mondial des constructeurs. Cette réussite souligne encore plus la débâcle de l'équipe Williams, qui, en repartant de Suzuka, ne peut que faire les comptes du désastre.
Depuis longtemps déjà, ses pilotes étaient écartés de la course au titre mondial des pilotes. Restait à conquérir celui des constructeurs. Benetton s'est assuré ce résultat en ne comptant, quasiment, que sur une seule voiture, celle de Michael Schumacher Du haut de ses vingt-six ans, et à l'heure de disputer le soixante-huitième Grand Prix de sa carrière - seulement -, le pilote allemand a pour ambition de faire honneur à son deuxième titre de champion du monde. Il y a pourtant un élément nouveau que l'Allemand n'est pas certain de maîtriser : les caprices du ciel. C'est sur une piste humide et forcément piégeuse que les pilotes vont devoir composer. En ne ratant pas son envol, Schumacher assure l'essentiel. La proximité de Jean Alesi, autre équilibriste, dans son sillage, ne l'inquiète pas trop. L'Allemand est totalement soulagé quand le Français est appelé dans l'allée des stands pour y purger une pénalité de dix secondes pour départ anticipé. L'accalmie est de courte durée. Alesi revient en piste avec une motivation intacte. Mais il manque de tout perdre lors du dépassement de Pedro Lamy, attardé, et qui ne l'a pas vu surgir. Il se retrouve en tête-à-queue dans l'herbe. Par miracle, la Ferrari revient sur la piste sans rien perdre de son rythme infernal après un étourdissant 360°.

Le tout premier ravitaillement (pneus slicks et quelques litres d'essence) de Damon Hill le replace à portée d'Alesi. Impatient, le Français déborde la Williams-Renault par l'extérieur à l'approche de la fameuse chicane de Suzuka (voir l'accrochage de Prost et Senna dans celle-ci en 1989). La Ferrari est presque revenue dans le sillage de la Benetton Renault de Michael Schumacher Le double champion du monde a les moyens de réagir, même si Alesi empile les meilleurs tours. Derrière ces deux hommes, Hill, Hakkinen et Coulthard semblent déjà hors du coup, tandis que Gerhard Berger, très fâché, vient garer sa Ferrari à son stand, électronique défaillante. À l'approche de la mi-course, le Grand Prix du Japon perd toute sa saveur. Une épaisse fumée s'échappe de l'arrière de la Ferrari d'Alesi : le V12 italien est en train de rendre ses bielles et ses pistons. Michael Schumacher est plus que jamais seul au monde. Quelques tours plus tard, Damon Hill apparaît en tête du classement, mais c'est le jeu des ravitaillements qui entretient cette illusion. Le Britannique peut à peine rêver à un éventuel rachat qu'il se retrouve en perdition dans l'herbe. Le temps de revenir en piste et Hill a perdu gros, d'autant qu'il doit satisfaire à un nouveau contrôle de sécurité dans les stands. En repartant avec une valise de secondes pour handicap, l'Anglais est informé qu'il est pénalisé de dix secondes pour vitesse excessive dans les stands. L'homme à la Williams n'aura pas l'occasion de subir cette humiliation supplémentaire (agrémentée d'une amende de 50 000 francs), il est victime d'une nouvelle sortie de piste, définitive, celle-là. Hill est en fait le premier à se faire piéger par une trace d'huile qui va expédier Frentzen et Irvine dans l'herbe. Ces deux-là vont repartir, tout comme David Coulthard, également auteur d'un tête-à-queue mais qui ne peut éviter une deuxième promenade dans l'herbe un peu plus loin et s'incruste dans les pneus quelques virages après. À dix tours de la fin, il n'y a plus une seule Williams en piste. Même un double abandon des Benetton ne les priverait pas du titre mondial des constructeurs. Mais l'équipe anglo-italienne (elle courra avec une licence italienne la saison prochaine) n'a pas pour habitude de faillir. Débarrassé de toute pression, Michael Schumacher ne baisse pas de rythme et file vers le dix-neuvième succès de sa carrière, le neuvième de la saison. Dans l'ultime affrontement de la saison, à Adélaïde, Schumacher avoue qu'il aura pour objectif de s'attribuer un nouveau record : dix victoires en une seule saison. Et comme il a pour habitude de tenir ses promesses, ses adversaires quittent le paddock de Suzuka prévenus.