e sinueux
circuit de Barcelone, Légèrement modifié depuis la saison précédente,
accueille la quatrième manche du championnat sous un soleil catalan
radieux. A l'issue de la première séance qualificative, Alesi
et Berger confirment que la Ferrari 412 T2 est "bien dans le coup".. Irrésistible, le pilote français et
pole man du jour présente un visage de gagneur. Et ce n'est sans doute
pas un hasard si son ami Prost, quadruple champion du monde, s'abandonne
à quelques propos optimistes "Alesi gagnera !" Le samedi, la Benetton de Schumacher et la Williams de Damon Hill semblent avoir trouvé la
mesure de la piste. Dès lors, les qualifications vont se solder par
une passe d'arme entre l'Allemand et le Français, qui ravira provisoirement
la pole au champion du monde en titre. Il est à noter que Irvine, sixième,
se trouve à plus d'une seconde du temps de Hill, cinquième ! Au feu
vert, ce dimanche, Schumacher ne manque pas son départ, devant Alesi,
et un Hill qui réalise lui aussi un départ "canon". Contrairement à
son équipier Coulthard qui est septième derrière Berger
, Irvine et Hakkinen . Mais l'Ecossais est
un sacré tempérament, et il ne lui faudra que six tours pour revenir
dans le sillage de la flèche rouge de la Scuderia. Pendant ce temps
là, Schumacher creuse l'écart, prenant environ une demi seconde au tour
à Jean Alesi, qui, opérant un passage éclair par son stand au 19ème des 65 tours prévus,
conserve sa deuxième place. Derrière, un pilote n'est pas à la fête
: Mansell , bien mal parti, est pointé en quinzième position au bout de deux tours,
avant de se débattre dans le peloton des Arrows, Minardi et autres Pacific
! Sans doute dépité au possible par une MP4/10 qu'il estime "virtuellement
inconduisible ", il est victime de sa fougue ou de son agacement dans
le 19ème tour, et s'offre une séance de tout-terrain, avant de rendre
son volant à son stand. Sans les honneurs, le champion du monde 1992
s'éclipse bien vite de Montmelo, où il vient de disputer son dernier
Grand Prix, du moins sur l'une des monoplaces de Ron Dennis...
Alesi,
deuxième, casse...
Quelques temps après, il déclarera "je n'ai pas confiance dans ma
voiture et je n'ai pas envie d'avoir un accident". Alors que l'Avignonnais
Alesi cravache dur, à huit secondes de Schumacher, le moteur de sa
Ferrari explose littéralement à l'entame du 26ème tour, sous le museau
de la Williams
de Hill , qui doit faire un
écart pour l'éviter. Dans le panache abondant d'une fumée envolant
ses derniers espoirs de conquête, le Français stoppe brutalement la
n'27 contre le muret des stands. Réconforté par Niki Lauda qui vient
aussitôt à sa rencontre, Jean Alesi est fou de rage, victime d'un
sort qui le prend un peu trop souvent pour cible. Dans le stand Jordan
Peugeot, Jacques Calvet, pour la première fois présent sur un Grand
Prix, ressent comme une impatience sourde de voir les voitures qu'il
motorise, se hisser dans les points... A la mi-course, tous les leaders
ont ravitaillé, hormis les deux Benetton-Renault. Au 40ème tour, Johnny
Herbert, alors troisième, effectue son deuxième ravitaillement, et
repart comme une fusée avec le cric accroché à l'arrière de sa monoplace
! Le temps de le prévenir par radio, l'accessoire encombrant se détache,
sans incident, à la sortie de la voie des stands... Trois tours plus
tard, c'est au tour du leader Schumacher d'opérer un pit-stop, qui
lui permet de conserver le commandement. La cause est entendue, et
les Williams ne sont pas encore au bout de leur peine. C'est d'abord
Coulthard
, troisième après avoir pris le meilleur sur Berger lors du deuxième
arrêt de celui-ci, qui tombe en panne de boîte de vitesses à dix tours
de l'arrivée. Un malheur ne venant jamais seul, c'est au tour de Damon
Hill d'être cruellement trahi, dans la dernière boucle, par sa pompe
hydraulique.
Néanmoins, il réussit à "traîner" sa monoplace moribonde jusqu'au
drapeau, non sans devoir laisser passer Herbert
et Berger, qui apprécient cette opportunité de monter sur le podium.
Pour Herbert, c'est d'ailleurs là son premier podium en 67 courses...
Pour l'équipe Benetton, créée sur les bases du team Toleman en 1986,
c'est là son deuxième doublé, après celui de Nelson Piquet et Roberto
Moreno lors du Grand Prix du Japon en 1990. Quant à la Scuderia, elle
s'offre, en comptant les deux dernières courses de la saison précédente,
son sixième podium d'affilée. Côté constructeurs, l'association Jordan
Peugeot encaisse ses deux premiers points, grâce à la course sérieuse
d'Eddie Irvine.
Chez Ligier, Olivier Panis
, parti en quinzième position, arrache le premier point de la saison,
répondant sans doute ainsi à "l'effet Laffitte", qui vient de prendre
en charge les
relations extérieures de l'équipe tricolore. Pour Schumacher
, le week-end a été superbe, et la stratégie de deux arrêts décidée
par son stand s'est avérée la plus payante, car l'Allemand n'aura
pas une seule fois abandonné la tête de la course. Le nouveau couple
Benetton Renault semble désormais connaître une "lune de bielle" des
plus prometteuses, et reprend la tête du championnat et des conducteurs
et des constructeurs ...