Grand Prix d'Espagne Barcelona
14 mai 1995
Premier United podium of Benetton

e sinueux circuit de Barcelone, Légèrement modifié depuis la saison précédente, accueille la quatrième manche du championnat sous un soleil catalan radieux. A l'issue de la première séance qualificative, Alesi et Berger confirment que la Ferrari 412 T2 est "bien dans le coup".. Irrésistible, le pilote français et pole man du jour présente un visage de gagneur. Et ce n'est sans doute pas un hasard si son ami Prost, quadruple champion du monde, s'abandonne à quelques propos optimistes "Alesi gagnera !" Le samedi, la Benetton de Schumacher et la Williams de Damon Hill semblent avoir trouvé la mesure de la piste. Dès lors, les qualifications vont se solder par une passe d'arme entre l'Allemand et le Français, qui ravira provisoirement la pole au champion du monde en titre. Il est à noter que Irvine, sixième, se trouve à plus d'une seconde du temps de Hill, cinquième ! Au feu vert, ce dimanche, Schumacher ne manque pas son départ, devant Alesi, et un Hill qui réalise lui aussi un départ "canon". Contrairement à son équipier Coulthard qui est septième derrière Berger , Irvine et Hakkinen . Mais l'Ecossais est un sacré tempérament, et il ne lui faudra que six tours pour revenir dans le sillage de la flèche rouge de la Scuderia. Pendant ce temps là, Schumacher creuse l'écart, prenant environ une demi seconde au tour à Jean Alesi, qui, opérant un passage éclair par son stand au 19ème des 65 tours prévus, conserve sa deuxième place. Derrière, un pilote n'est pas à la fête : Mansell , bien mal parti, est pointé en quinzième position au bout de deux tours, avant de se débattre dans le peloton des Arrows, Minardi et autres Pacific ! Sans doute dépité au possible par une MP4/10 qu'il estime "virtuellement inconduisible ", il est victime de sa fougue ou de son agacement dans le 19ème tour, et s'offre une séance de tout-terrain, avant de rendre son volant à son stand. Sans les honneurs, le champion du monde 1992 s'éclipse bien vite de Montmelo, où il vient de disputer son dernier Grand Prix, du moins sur l'une des monoplaces de Ron Dennis...

 

Alesi, deuxième, casse...
Quelques temps après, il déclarera "je n'ai pas confiance dans ma voiture et je n'ai pas envie d'avoir un accident". Alors que l'Avignonnais Alesi cravache dur, à huit secondes de Schumacher, le moteur de sa Ferrari explose littéralement à l'entame du 26ème tour, sous le museau de la Williams de Hill , qui doit faire un écart pour l'éviter. Dans le panache abondant d'une fumée envolant ses derniers espoirs de conquête, le Français stoppe brutalement la n'27 contre le muret des stands. Réconforté par Niki Lauda qui vient aussitôt à sa rencontre, Jean Alesi est fou de rage, victime d'un sort qui le prend un peu trop souvent pour cible. Dans le stand Jordan Peugeot, Jacques Calvet, pour la première fois présent sur un Grand Prix, ressent comme une impatience sourde de voir les voitures qu'il motorise, se hisser dans les points... A la mi-course, tous les leaders ont ravitaillé, hormis les deux Benetton-Renault. Au 40ème tour, Johnny Herbert, alors troisième, effectue son deuxième ravitaillement, et repart comme une fusée avec le cric accroché à l'arrière de sa monoplace ! Le temps de le prévenir par radio, l'accessoire encombrant se détache, sans incident, à la sortie de la voie des stands... Trois tours plus tard, c'est au tour du leader Schumacher d'opérer un pit-stop, qui lui permet de conserver le commandement. La cause est entendue, et les Williams ne sont pas encore au bout de leur peine. C'est d'abord Coulthard , troisième après avoir pris le meilleur sur Berger lors du deuxième arrêt de celui-ci, qui tombe en panne de boîte de vitesses à dix tours de l'arrivée. Un malheur ne venant jamais seul, c'est au tour de Damon Hill d'être cruellement trahi, dans la dernière boucle, par sa pompe hydraulique. Néanmoins, il réussit à "traîner" sa monoplace moribonde jusqu'au drapeau, non sans devoir laisser passer Herbert et Berger, qui apprécient cette opportunité de monter sur le podium. Pour Herbert, c'est d'ailleurs là son premier podium en 67 courses... Pour l'équipe Benetton, créée sur les bases du team Toleman en 1986, c'est là son deuxième doublé, après celui de Nelson Piquet et Roberto Moreno lors du Grand Prix du Japon en 1990. Quant à la Scuderia, elle s'offre, en comptant les deux dernières courses de la saison précédente, son sixième podium d'affilée. Côté constructeurs, l'association Jordan Peugeot encaisse ses deux premiers points, grâce à la course sérieuse d'Eddie Irvine. Chez Ligier, Olivier Panis , parti en quinzième position, arrache le premier point de la saison, répondant sans doute ainsi à "l'effet Laffitte", qui vient de prendre en charge les relations extérieures de l'équipe tricolore. Pour Schumacher , le week-end a été superbe, et la stratégie de deux arrêts décidée par son stand s'est avérée la plus payante, car l'Allemand n'aura pas une seule fois abandonné la tête de la course. Le nouveau couple Benetton Renault semble désormais connaître une "lune de bielle" des plus prometteuses, et reprend la tête du championnat et des conducteurs et des constructeurs ...