Grand Prix du Canada Montréal
11 juin 1995

Jour de gloire pour Alesi
éterminante, la première séance qualificative arbitre le match Hill/Schumacher, ce dernier enlevant au Britannique pour 38/100 de seconde une pole position qui est la 100ème du moteur tricolore. Derrière les deux leaders du championnat, les hommes les plus à l'aise sur ce circuit Gilles Villeneuve quelque peu modifié sont Coulthard , Berger, Alesi et Herbert . Une fois encore, les Benetton , Williams et Ferrari trustent les trois premières lignes de la grille... Si le ciel menace au moment du départ, c'est toutefois sur une piste sèche que Schumacher s'envole dès le feu vert, devant Hill, Coulthard, Berger et Alesi. Au premier freinage de l'épingle, Hakkinen tente de faire l'intérieur à Herbert, mais la manoeuvre se solde par un accrochage. C'est un double abandon. Au même endroit, un tour plus tard, c'est David Coulthard qui part en tête à queue. Jean Alesi en profite pour surprendre son équipier Berger. Schumacher loin devant, Alesi commence à harceler la Williams de Damon Hill, qui semble handicapée par sa tenue de route. Au 16ème tour, le Français parvient à ses fins, imité dans son attaque quelques tours plus tard par Berger qui a retenu la leçon... On se dirige vers un seul arrêt au stand, et à ce petit jeu, l'Autrichien joue de malchance, perdant un temps précieux en rentrant en panne sèche. De troisième, il repart en huitième position. Schumacher est le dernier à opérer un pit-stop, lequel, une fois encore, s'avère le plus efficace. Gagnant dans l'opération pas moins de quinze secondes sur ses poursuivants directs, il reprend le commandement avec près de 30 secondes d'avance sur le pilote avignonnais. Une fois encore, tout laisse à penser que l'Allemand ne sera plus inquiété. L'intérêt de la course se porte désormais sur les duels des candidats aux points, avec le tandem des Jordan Peugeot, qui n'a jamais encore été à pareille fête, et la lutte pour la sixième place entre Berger et Brundle. Seul Olivier Panis , alors cinquième, opère une course solitaire...

Emu sous son casque, Alesi pleure...
L'hégémonie de Schumacher est totale, d'autant que Hill vient de renoncer sur panne de circuit hydraulique, comme à Imola... Mais c'est sans compter sur la belle incertitude du sport mécanique ! En effet, l'Allemand est soudainement la proie de difficultés, et doit repasser par son stand. Nous sommes dans le 58ème tour et Alesi s'empare pour la première fois du commandement. Changeant de volant et faisant reprogrammer l'électronique de sa monoplace -ce qui lui fait perdre pas moins d'une minute et quinze secondes Schumacher repart en septième position. En tête de la course, le Français, qui compte alors 22 secondes d'avance sur Barrichello et plus encore sur Irvine , pleure sous son casque, car il est en passe de décrocher, le jour de son 3lème anniversaire, et pour son 9lème Grand Prix, une première victoire qui lui aura longtemps échappé... Cette vérité tout aussi excitante qu'angoissante le ramène au contrôle de lui-même, et c'est avec une prudence de circonstance, à l'écoute du moindre bruit de son V12 salvateur et l'oeil rivé à la jauge d'essence, qu'il gère les dix derniers tours qui le séparent de la délivrance. Derrière, excédé de se voir fermer la porte par Martin Brundle, Gerhard Berger tente un dépassement impossible, qui les élimine tous les deux. De son côté, l'Allemand a entamé une remontée spectaculaire, signant meilleurs tours sur meilleurs tours, mais échouera d'une demi seconde sur Panis pour le gain de la quatrième place. Dans le stand Ferrari, la belle Kimiko et les mécanos sont dans l'attente surréaliste d'une panne qui priverait leur pilote de cette récompense, mais le sort ne privera pas Jean de ce somptueux cadeau d'anniversaire... Au drapeau à damiers, c'est de la folie : pour cette 105ème victoire de la Scuderia Ferrari , les tifosi ont envahi la piste comme aux plus beaux jours de gloire. Alesi, tombé en panne d'essence juste avant l'épingle Gilles Villeneuve, se fait offrir le taxi par Schumacher qui le ramène pour les belles obligations du podium. Emu, Jean essuie quelques larmes qu'il veut discrètes, puis embrasse Jean Todt, qui a malgré tout ramené les monoplaces rouges sur le chemin de la victoire. Celui qui avait brillamment achevé son premier Grand Prix avec une quatrième place au Paul Ricard en 1989, celui qui avait livré de superbes duels avec Senna à Monaco ou à Phoenix notamment, celui encore qui avait connu le désert de 90 courses sans lauriers, celui-ci venait enfin d'entrer dans la légende et le cercle fermé des pilotes vainqueurs de Grands Prix.