Grand Prix du Brésil Interlagos
26 mars 1995
Schumacher d'entrée...




















l n'est pas sur la grille de départ de ce grand Prix du Brésil, première manche du championnat du monde 1995, mais, dans le coeur des Brésiliens comme dans celui des véritables amoureux de la Formule 1, Ayrton Senna est toujours là. Moins d'un an après sa fatale trajectoire, il rend plus que jamais orphelin une saison qui s'annonce comme un remake du duo de la saison précédente, où Schumacher était venu à bout de Damon Hill et des sanctions infligées par le pouvoir sportif... Seule inconnue en ce tout début de saison : le fabuleux V10 Renault, équipant désormais le team Benetton, va-t-il être le seul arbitre entre les deux leaders du plateau ? Il semble bien que la réponse soit donnée dès les essais qualificatifs, les deux premières lignes de la grille étant monopolisées par le moteur français... Au cours de ces séances permettant d'étalonner enfin les forces en présence, sous une pluie perturbatrice, l'Allemand Schumacher est victime de deux violentes sorties de route... Néanmoins, dès lors que la piste sera sèche, il signera le deuxième temps, à 3/10 de Hill, qui semble très à l'aise sur sa Williams-Renault très affûtée. Derrière eux, Coulthard et Herbert se montrent dignes de leur rang de second pilotes, précédant les deux Ferrari de Berger et du Français Alesi. Côté paddock, la curiosité se tourne vers les surprenantes McLaren, surmontées d'un deuxième aileron, et que le bouillonnant Mansell, dont la silhouette quelque peu enveloppée ne peut tenir dans le cockpit (!), s'est déclaré incapable de piloter. Dans la confusion, il est remplacé par Mark Blundell. Il est également à noter que l'équipe italienne Forti Corse fait là ses débuts dans le grand cirque de la Formule 1, tout comme les deux rookies Pedro-Paulo Diniz et Andrea Montermini, respectivement pilotes Forti et Pacific. Au feu vert, Schumacher grille la politesse à son compagnon de première ligne, et s'engouffre tel une fusée dans le premier virage, duquel ne ressortira pas Olivier Panis, victime du rail de sécurité... La Benetton-Renault de l'Allemand conservera le commandement, malgré la pression constante d'un Damon Hill visiblement impatient, jusqu'à son premier ravitaillement. Creusant aussitôt un écart substantiel, l'Anglais conserve la tête de la course après son premier pit-stop. Le duel que chacun attendait bat son plein, la Williams et la Benetton reléguant en une trentaine de tours les deux Ferrari -alors troisième et quatrième- à près d'une minute, lorsque Damon connaît des soucis avec sa boîte de vitesses...

L'essence dans le collimateur En fait, sa suspension arrière gauche est en train de lâcher, ce qu'elle fait brutalement dans le 31ème tour, envoyant l'infortuné pilote anglais goûter l'herbe du bord de piste. Schumacher, tout heureux de ce tête-à-queue impromptu, est désormais devant une victoire qui ne peut plus lui échapper, malgré la seconde Williams-Renault de Coulthard. Souffrant d'une angine, et même s'il héritera du commandement quelques tours, il préfère assurer le temps du dernier arrêt du champion du monde en titre. Derrière, les Ferrari ont sombré, Alesi perdant même le bénéfice de sa quatrième place au profit de la McLaren d'Hakkinen à l'issue du dernier ballet des stands... Un constat qui contraste sérieusement avec l'optimisme du pilote français de la Scuderia, qui déclarait à l'issue des roulages d'Estoril que la 412 T2 était "la meilleure Ferrari que j'ai jamais pilotée" ... Ce sera l'ordre d'arrivée de cette première manche, dans lequel le nouveau duo Schumacher-Renault vient d'impressionner. Derrière, les enseignements sont nombreux, et les principales déceptions viennent de la maigre prestation des Jordan-Peugeot de Barrichello et Irvine, tous deux victimes du système hydraulique dans le premier quart de la course ! Pour Barrichello, la déception est d'autant plus grande que le défi de remplacer le "Dieu Senna" dans le coeur des Brésiliens est immense ! Mais on aura à peine le temps de commenter ce résultat que, aussi surprenante que brutale, la nouvelle tombe : Schumacher et Coulthard sont disqualifiés, pour cause d'essence non conforme, offrant du même coup le podium à Berger, qui a pourtant terminé à plus d'un tour ! Plongé dans l'embarras, le pétrolier Elf (qui fournit 14 des 26 voitures engagées dans le championnat) fait appel, ainsi que les deux équipes qui sont du même coup pénalisées. Cette "affaire de carburant" connaîtra son dénouement le 13 avril, soit quinze jours après la course, et rétablira le résultat sportif des deux pilotes, sans toutefois attribuer les points aux deux constructeurs ! En guise de bilan, si la bonne surprise est finalement venue de la McLaren, l'inquiétude se porte du côté de Maranello, dans la mesure où les bolides rouges de la Scuderia ont terminé bien loin... "Deux voitures dans les points, c'est bien. Mais l'écart avec les Williams et les Benetton est plus important que je ne pensais. Nous allons devoir améliorer à la fois le moteur et le châssis. " Ferrari, logique "troisième larron" des top-teams, devra beaucoup progresser pour véritablement inquiéter les écuries motorisées par le fabuleux V10 Renault, le meilleur compromis de la Formule 1 moderne... Avec cette 79ème victoire en Grands Prix, l'écurie Williams rejoint Lotus dans l'histoire, à l'occasion de l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation "3 litres".